29/03/24

L’Autorité belge de la Concurrence publie une étude sur l’évolution des prix des biens de consommation en Belgique et dans se…

Depuis 2013, l’Autorité belge de la Concurrence (ci-après « l’ABC ») a été mandatée  d’une compétence additionnelle en matière de concurrence et d’évolution des prix. 

Le livre V du Code de droit économique (CDE V) prévoit un système au sein duquel :

  • l’Observatoire des prix analyse les prix et les marges, d’initiative ou à la demande du Ministre, et constate éventuellement des problèmes structurels du marché et
  • En cas de problemes structurels du marché, de problèmes de prix ou de marges ou d’évolution anormale de prix, le Collège de la Concurrence peut rendre des décisions de mesures provisoires qui s’imposent à la demande de l’Observatoire.

 Dans le cadre de cette compétence, L’Autorité belge de la Concurrence (ci-après « l’ABC ») a publié le 25 janvier 2024 une étude comparative sur l’évolution récente des prix des biens de consommation en Belgique, en comparaison avec les Pays-Bas, la France et l’Allemagne.

L’étude met en lumière les données Passport d’Euromonitor International sous forme de statistiques descriptives. Il y a lieu de souligner que ces statistiques concernant les différences de prix des fabricants et détaillants ne tiennent pas compte des effets de composition. Ces différences de prix moyens observées pourraient dès lors provenir de pratiques de prix différentes des fabricants et détaillants des différents pays, de variations dans les comportements de consommation ou de disparités d’ordre institutionnel.

Ces statistiques concernent les ventes en valeur et en volume des fabricants et des distributeurs détaillants, notamment les chaînes de supermarché, entre 2013 et 2022 en Belgique, aux Pays-Bas, en France et en Allemagne  pour les huit industries suivantes : (i) les boissons alcoolisées, (ii) les boissons non alcoolisées, (iii) les boissons chaudes, (iv) les denrées alimentaires de base (ex. pâtes, riz, conserves), (v) les produits laitiers et leurs substituts, (vi) les snacks, (vii) les ingrédients et repas préparés, ainsi que (viii) les produits de soin et de beauté.

Sur base de ces informations, l’ABC a pu déterminer des ratios de prix entre pays à différents niveaux de la chaîne de valeur propre à chaque industrie et suivre leur évolution dans le temps.

Les conclusions suivantes ont été tirées de ces données :

1) Dans la plupart des industries, le prix moyen de vente au détail a augmenté plus lentement en Belgique que dans tous les pays limitrophes entre 2018 et 2022;

2) En ce qui concerne les boissons, alcoolisées et non alcoolisées, les différences entre les prix de vente des fabricants sont plus importantes que les différences entre les prix de vente des détaillants, au détriment de la Belgique par rapport à ses pays voisins.

Ainsi, l’étude démontre que l’évolution récente des écarts de prix entre les distributeurs détaillants des différents pays au bénéfice des consommateurs belges en ce qui concerne les boissons, qu’elles soient alcoolisées ou non, est le résultat d’une réduction relative de la marge brute des détaillants et pas, ou de façon marginale, à des variations relatives des prix de vente moyens des fabricants.

Le même constat est effectué concernant la majorité des autres industries, en comparaison avec les Pays-Bas. Toutefois, la corrélation entre les niveaux et évolutions des prix des détaillants et des prix des fabricants en Belgique en comparaison avec la France et l’Allemagne est moins évidente.

Globalement, l’évolution récente des écarts de prix dans les différents pays entre les distributeurs détaillants au bénéfice des consommateurs belges peut se justifier par l’intensification de la concurrence entre les distributeurs détaillants en Belgique.

Une préoccupation persiste en Belgique et plus largement en Europe. En effet, pour certaines industries, notamment les boissons alcoolisées et non alcoolisées, les différences de prix de vente des fabricants en défaveur de la Belgique sont toujours d’actualité de par l’existence de contraintes territoriales d’approvisionnement par lesquelles des fournisseurs internationaux offrent des biens et produits identiques ou très similaires à des prix différents aux détaillants de différents pays, généralement en défaveur des pays de taille moyenne comme la Belgique. Il s’agit donc d’un sujet important à maintenir à l'ordre du jour dans l’agenda politique.

Les conclusions de l’étude de l’ABC sont semblables à celles du rapport publié récemment par l'Observatoire des prix. Il y est également constaté qu'au cours des dernières années, l'augmentation des prix de l'essence a été moins importante que celle des prix des produits alimentaires et des boissons non alcoolisées en Belgique que dans les pays voisins.

En 2024, l’ABC et l’Observatoire des prix étudieront plus en détails les facteurs sous-jacents aux différences entre les niveaux et modèles de prix des produits de grande consommation vendus dans les supermarchés belges par rapport à ceux des pays limitrophes.

En conclusion, les tendances récentes des prix de détail moyens sont favorables aux consommateurs belges par rapport aux Pays-Bas, à la France et à l’Allemagne. Le suivi des tendances récentes est fondamental compte tenu de la période actuelle de chocs inflationnistes élevés et souvent imprévisibles qui pourraient affecter les chaînes d'approvisionnement des produits de grande consommation différemment d'un pays à l'autre.


Annabelle Lepièce

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