Nous devons faire l’impossible et un peu plus encore
15/03/2022

L’Ukraine vit des moments d’horreur absolue. Comme le déclarait Françoise Tulkens sur les ondes de la Première le 8 mars dernier, nous sommes face à une régression de civilisation. Les mots sont forts. Ils sont vrais.

Face à ce drame, il nous faut réagir et nous devons le faire ensemble. Ainsi, lorsque les avocats s’expriment au nom d’un million d’avocats, cela a du poids.  De même, nous ne pouvons que nous réjouir de ces élans de solidarité pour aider les réfugiés ukrainiens. C’est extraordinaire. 

De manière positive, nous pouvons nous réjouir de voir que l’Europe parle d’une même voix, que la solidarité européenne à l’égard d’un pays voisin agressé est totale même si elle a, forcément, au regard des règles internationales, des limites. La Pologne, la Hongrie, la Slovaquie et la Roumanie, pays limitrophes, ouvrent largement leurs portes aux réfugiés. Cette Europe est-elle à l’aube d’une transformation, d’une plus grande intégration ?

Il n’aura fallu que quelques heures pour que l’ensemble des pays de l’Union européenne se mettent d’accord sur les sanctions à l’égard de la Russie et sur l’aide à apporter aux Ukrainiens. Il n’aura fallu que quelques heures pour décider d’appliquer la directive 2001/55/CE et d’accorder aux ressortissants ukrainiens qui fuient leur pays le statut de protection temporaire.

Pas une seule voix, ou presque, pour s’opposer à cette ouverture des frontières à celles et ceux qui se trouvent piégés sous les bombes russes mais aussi une unanimité pour saluer le courage et la détermination d’un peuple pour défendre sa patrie.

On pourra sans doute encore longtemps s’interroger sur la différence de traitement entre les réfugiés ukrainiens et d’autres réfugiés issus d’autres régions en guerre, ailleurs dans le monde, comme la Syrie ou l’Afghanistan ? Nous devrons y revenir mais cela ne doit pas nous empêcher de saluer le travail réalisé par nos autorités.

On pourra également s’étonner de notre incapacité à mettre en place rapidement un réel centre d’accueil lorsque l’on voit les files s’allonger devant l’ancien hôpital Bordet. Nous avons toutes et tous une autre notion de l’accueil. 

Mais nous, avocats, devons faire encore mieux et plus. 

Quant à l’accueil des réfugiés, AVOCATS.BE met en place une information à destination des Ukrainiens ainsi qu’une  autre qui sera régulièrement mise à jour  à destination des avocats sur notre extranet. Les Bureaux d’Aide Juridique sont mobilisés. AVOCATS.BE est en contact quotidien, week-end compris, avec le cabinet du Secrétaire d’Etat à l’Asile et la Migration.

Chacun d’entre nous peut également intervenir à titre individuel en proposant un hébergement, une aide matérielle ou un don aux organismes qui se chargent de cette aide internationale.

Comme juristes, nous pouvons également soutenir les initiatives judiciaires internationales. L’arme des avocats reste le droit.

A la demande de 39 pays, une enquête est menée par le procureur général de la Cour Pénale Internationale. Cette enquête vise à déterminer si la Russie a commis des crimes de guerre en Ukraine. La Belgique en fait partie et nous ne pouvons que nous en réjouir.

Dans le cadre d’une requête introduite par l’Ukraine contre la Russie devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme, Françoise Tulkens posait dans la même interview la question de l’intervention d’autres états pour se joindre à cette demande inter-étatique. C’est certainement une autre piste à creuser. Ne faudrait-il pas que la Belgique invite l’ensemble des pays européens à se joindre à cette requête ?

Il existe certainement encore mille et une réflexions sur les actions envisageables. Comme avocats, c’est devant les juridictions que nous pouvons également agir. Cela n’arrêtera malheureusement pas les bombes mais il est indispensable de rappeler les règles élémentaires du notre civilisation pour éviter qu’elle régresse.

Mais, surtout, nous devons faire l’impossible et un peu plus encore.

Votre bien dévoué,

Xavier Van Gils
Président

Zie ook : AVOCATS.BE

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